Ahmed Badaoui, père de neuf enfants et qui "croit avoir 54 ans" tout en en paraissant le double, regarde le toit de son voisin s'effondrer dans un nuage de poussière. "Mon père et mon grand-père sont nés ici. Et c'est ici que je veux finir ma vie. Le jour où le bulldozer viendra pour ma maison, j'ordonnerai à mes enfants de sortir mais, moi, je veux rester mourir entre ces murs", sanglote-t-il. D'un geste dramatique, il se frotte le visage de terre brune : "Par Allah, jamais je n'aurais pensé que ce malheur me tombe sur la tête !"
Voilà près de soixante-dix ans que le gouvernement égyptien tente de déplacer les habitants de Qourna. L'objectif est de sauver les trésors plusieurs fois millénaires enfouis sous la colline : des centaines de tombeaux datant de l'époque pharaonique, menacés par l'urbanisation débridée des vivants. D'après les livres d'histoire, les Qournaouis sont les descendants des tribus Beni Hilal qui s'y sédentarisèrent progressivement autour du XVe siècle. Ils s'installèrent à l'intérieur même des cavités mortuaires, puis à côté et au-dessus, s'appuyant sur les fondations antiques pour agrandir leurs habitats. Jusqu'alors, ils avaient toujours refusé de quitter les lieux.
Les incitations à partir dans des appartements neufs, construits à l'écart des tombes, l'interdiction d'agrandir les habitations ou de restaurer les fragiles murs de terre sèche... rien n'y a fait. Les jolies maisons, leurs habitants, leurs bêtes et leurs ordures, ont continué de s'étaler sur la colline, au grand dam du Conseil suprême des Antiquités de l'Egypte. Jusqu'à cette année.
L'officier de police Ahmed Metoualli supervise ce grand nettoyage d'un air satisfait. Les maisons situées sur les tombes, étiquetées numéros 83, 176 et 177 par les égyptologues, viennent d'être rasées en quelques heures à peine. En tout, c'est plus d'un millier de foyers qui doivent disparaître. Le processus paraît inéluctable. Certains se hâtent d'enlever le maigre mobilier tandis que les briques redeviennent poussière.
"Ces gens vivaient dans des taudis insalubres, sans eau, sans électricité, dit l'officier. En échange de leur départ, le gouvernement leur fournit des appartements avec des douches et des toilettes. Il y a quelques vieux irascibles qui ne bougeraient pas quand bien même on leur offrirait la lune, mais la majorité d'entre eux sont très contents." Preuve en est, selon lui : le processus commencé le 2 décembre se poursuit "sans recours à la force".
Le vieux Saïd Mohammed n'est pas de cet avis. En démolissant la maison de son voisin, le bulldozer a détruit le mur mitoyen, qui s'est écrasé chez lui, engloutissant ses deux vaches, ses poules et ses canards - toute sa fortune. Désespéré, il compare l'opération aux "méthodes des Israéliens en Palestine". "Leurs nouveaux appartements, c'est la prison de Guantanamo dans le désert, surenchérit un autre homme. Ils sont trop éloignés de nos champs et il est interdit d'y amener nos animaux. Comment va-t-on survivre ?"
En face de la ville de Louxor, à deux pas de la célèbre vallée des Rois, le village tire une autre source de revenus de l'archéologie et du tourisme. Qourna fournit un nombre impressionnant de gardiens et d'ouvriers de chantiers de fouilles. Sans compter que chaque Qournaoui est aussi un peu vendeur : de boissons, de cartes postales, de statuettes en albâtre, de papyrus et autres pharaoneries. Cette proximité avec les trésors antiques leur a collé la mauvaise réputation de "pilleurs de tombes".
Dans son petit hôtel, adossé au temple de Ramsès II, Saïd Abd Al-Rassoul lutte sans relâche pour réhabiliter la mémoire de ses ancêtres. Son arrière-grand-père, cheikh Ali, est célèbre pour avoir découvert, en 1876, une cachette contenant les momies royales qui figurent aujourd'hui parmi les pièces maîtresses du Musée du Caire. Son grand-père participa aux fouilles de Howard Carter en 1922 qui menèrent à la tombe de Toutankhamon.
Son père obtint une concession officielle pour excaver lui-même la tombe du pharaon Séti Ier. "Sans l'expérience des bergers et des paysans de Qourna, qui connaissent le terrain par coeur, plaide-t-il, beaucoup de découvertes n'auraient jamais eu lieu. Malheureusement, nos noms tombent dans l'oubli de la mémoire, au profit de la gloire des archéologues étrangers."
Il est arrivé qu'un berger trouve un objet antique, le garde et le vende. Un adolescent raconte qu'il est "très connu" qu'après les rares ondées, le désert recrache ses trésors à la surface. "Alors, on donne des coups de pied dans les dunes, pour vérifier." Les spécialistes reconnaissent que la plupart des Antiquités proposées avec des airs de conspirateurs dans les arrière-boutiques sont généralement des faux grossiers. "On nous accuse d'être des voleurs, mais les musées de Londres, Berlin et Paris regorgent de trésors égyptiens. Qui sont les véritables pilleurs de tombes ?", s'interroge Saïd Abd Al-Rassoul.
Trésors enfouis, volés ou perdus, découvertes fabuleuses et trafics de fausses antiquités... Tout cela appartient à la légende de Qourna. L'histoire du village est intimement imbriquée à celle de l'archéologie que l'on veut aujourd'hui préserver. "Par leurs traditions, et leur art populaire, les habitants assuraient le dernier lien entre le passé et le présent. Avec la démolition de Qourna, c'est une partie de la mémoire de Thèbes qui va disparaître. C'est un patrimoine culturel que l'on détruit", déplore l'archéologue français Christian Leblanc.
D'autres s'inquiètent de "ce préjudice irrémédiable fait à la vallée". Y compris des touristes qui s'émeuvent, dans des pétitions collectées par quelques habitants et restées lettres mortes, que Qourna ressemble un jour "à la vallée des Rois, où se visitent des tombes somptueuses dans un paysage sans âme, aux allures de parking".
La fin de Qourna n'est pas seulement l'aboutissement d'une politique d'aménagement critiquable. C'est aussi la logique du temps qui passe, des rêves de modernité qui se sont emparés jusqu'aux tréfonds des rives du Nil. "La nouvelle génération a poussé l'ancienne à partir, regrette Mohammed Abdel Salam, qui ignore ce qu'il adviendra de sa modeste pension pour touristes. Avant, les pères savaient faire régner l'ordre dans les familles. Mais, avec l'arrivée de toute cette modernité, le respect a disparu."
Les jeunes n'ont que faire de ces masures en terres peinturlurées où ils vivent entassés, souvent au chômage, dans l'impossibilité de financer un toit et de se marier. Aussi laids soient les appartements en forme de cubes bétonnés fournis par le gouvernement, ce changement a nourri l'espoir d'accéder à une vie idéalisée, le plus loin possible de la poussière de Qourna. Et du passé, si glorieux soit-il. "Le seul tombeau que je connaisse, martèle Karim, 19 ans, c'est la maison de mon père."
Une exposition évènement présente, dans le cadre exceptionnel de la grande verrière du Grand Palais à Paris, plus de 500 objets découverts lors de fouilles sous-marines.
Du 9 décembre au 16 mars 2007, la nef du Grand Palais (Paris, VIIIe), sera le cadre d'une incroyable exposition consacrée aux trésors égyptiens déconverts dans le port d'Alexandrie par l'équipe de l’archéologue sous-marin Franck Goddio.
Les visiteurs pourront ainsi admirer des vestiges datant du VIIe siècle avant notre ère au VIIIe siècle après J.-C. : statues monumentales, pièces de monnaie, bijoux, objets de culte… Cette exposition a été présentée à Berlin de mai à septembre 2006 où elle a enregistré des records de fréquentation avec plus de 400 000 visiteurs. Il y a fort à parier que l’édition parisienne connaîtra le même engouement.
Informations : www.tresors-engloutis-degypte.fr
Un particulier anonyme a mis en vente sur un site internet français ce qu'il affirme être des mèches de cheveux de Ramsès II, le plus célèbre des pharaons, déclenchant une enquête policière en France et l'indignation des archéologues.
"Vends mèches de cheveux de la momie de Ramsès II", est-il indiqué dans une annonce du site vivastreet.fr proposant aussi, photos et certificats, de la résine d'embaumement et des bandelettes pour un minimum de 2.000 euros le lot.
Le vendeur affirme être en possession de ces pièces extraordinaires parce que son père faisait partie d'une équipe de scientifiques français chargée d'analyser la momie royale.
Une enquête policière a été lancée en France peu après la mise en ligne de cette annonce, a indiqué l'archéologue français Christian Leblanc, un des meilleurs connaisseurs de Ramsès II.
Il a précisé avoir discuté avec un officier de la police judiciaire de Paris en charge de cette affaire qu'il a qualifiée de "scandaleuse".
Pour M. Leblanc, "il pourrait malheureusement être vrai" que ces pièces soient authentiques. "Si cela est exact, c'est un scandale, c'est lamentable et inacceptable".
Le secrétaire général du Conseil supérieur des antiquités (CSA), Zahi Hawass, a indiqué être au courant de cette affaire, ses services "travaillant sur le sujet". "On verra de quoi il s'agit réellement", a-t-il dit.
Le vendeur s'est seulement identifié comme résidant à Saint-Egrève, en Isère, dans l'est de la France.
Conservée au Musée du Caire, la momie de Ramsès II avait été envoyée en France, il y a 30 ans, pour déterminer les causes du mal étrange qui rongeait le cadavre du dernier grand pharaon qui régna de 1279 à 1213 avant J.C.
C'est la première fois qu'une dépouille de pharaon quittait l'Egypte. Ramsès II fut "reçu" à l'aéroport du Bourget, à Paris, le 26 septembre 1976, avec les honneurs d'un chef d'Etat.
Le diagnostic a pointé un champignon rare, le deadalea biennis fries, comme cause de la maladie. Le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) a pris le parti de traiter la momie aux rayons gamma en mai 1977.
Une fois les "soins" entrepris avec succès, la momie fut rapatriée en Egypte, d'où elle n'est plus jamais repartie. Aucune autre momie n'a quitté depuis le sol égyptien.
Les examens scientifiques ont permis d'affirmer que Ramsès II, âgé d'environ 80 ans au moment de sa mort, et d'une taille de 1,72 m, était "leucoderme", c'est-à-dire de peau claire. Sa denture était très abîmée.
Le vendeur anonyme affirme qu'"une équipe de quatre chercheurs dont (son) père a eu pour tâche d'analyser des cheveux, des résines, des morceaux de bandelettes" dans un centre de recherche de Grenoble (est).
"Je dois être le seul au monde à posséder de tels échantillons", écrit-il, ajoutant que "comme il n'y aura plus jamais aucun prélèvement sur la momie qui est désormais au Caire, la somme demandée pour les acquérir est en relation avec la rareté de l'objet".
Il précise que "selon la quantité et la qualité des échantillons", ou la combinaison entre cheveux, résine et bandelette, dont il montre une photo, les sommes demandées s'étalent de 2.000 à 2.500 euros.
Le Musée de l’Homme de Paris confia le soin d'analyser des cheveux de la momie aux laboratoires de L’Oréal, leader mondial des cosmétiques, qui avaient conclu qu'ils avaient été roux, ou colorés au henné.
Chef de la Mission française de Thèbes-Ouest, M. Leblanc a souligné qu'il avait été "formellement interdit de conserver des prélèvements. Si cela est vrai, c'est un chercheur et non la France qui a trahi la parole donnée".
Pour un autre célèbre égyptologue français, Alain Zivie, cette affaire "qu'il faut prendre très au sérieux" est "misérable et indigne".
Source: Nouvel OBS
Les tombes de trois dentistes ayant soigné la famille royale égyptienne il y a plus de 4.000 ans ont été découvertes en Egypte, sur le site de Saqqarah, à une vingtaine de kilomètres du Caire. Ce sont des pilleurs de tombe, arrêtés il y a deux mois, qui ont mis les archéologues sur la piste de ces tombes, a expliqué Zahi Hawass, le puissant directeur du Conseil suprême égyptien des antiquités. Les voleurs avaient donné les premiers coups de pioches, non loin de la pyramide à degré du roi Djoser, lorsqu’ils ont été appréhendés.Les archéologues ont finalement mis au jour trois tombes portant le nom de trois dentistes qui soignaient des pharaons de la Vème dynastie. Leurs dernières demeures sont construites dans des matériaux moins nobles que celles de la famille royale. Les dessins et hiéroglyphes qui ornent leurs parois décrivent la vie quotidienne des dentistes et de leurs familles. En revanche les archéologues n’ont pas retrouvé les momies des défunts.
Source : Sciences NouvelsObs
LE CAIRE
Les autorités égyptiennes interdisent désormais de faire tourner à l'arrêt les moteurs de véhicules stationnant sur le site de Saqqara, au sud du Caire, après l'apparition de fissures dans la plus ancienne pyramide d'Egypte.
Le chef du Conseil supérieur des antiquités égyptiennes, Zahi Hawass, a "décidé d'interdire de faire tourner à vide les moteurs de toutes les voitures et autobus qui attendent les touristes sur le site archéologique de Saqqara", selon un communiqué du Conseil.
Il a expliqué que le fait de faire tourner des moteurs à l'arrêt avait "provoqué de légers tremblements dans le secteur, qui à leur tour, ont provoqué des fissures dans la pyramide de Djoser".

Cette pyramide, la plus ancienne d'Egypte, a été construite peu après 2630 avant Jésus-Christ et est considérée comme le plus ancien édifice du monde construit entièrement en pierres. Haute de près de 60 mètres, cette pyramide à degrés a été commandée par le pharaon Djoser, de la IIIe dynastie.
M. Hawass a averti que quiconque serait surpris en train de faire tourner son moteur dans le secteur de Saqqara serait poursuivi pour dommages à des sites archéologiques.

